16 novembre 2007

Nous ne craignons pas non plus que la bienveillance divine nous fasse défaut.

Suite de l'histoire.

Avant de raconter, une précision. Je suggère à mes lecteurs de lire à haute voix le texte, pas le mien, mais celui que je cite ; ce n'est pas la langue originale, mais le texte me paraît tout de même magnifique ; style ou idées ; pour moi, c'est comme du pain frais, du vin, quelque chose de léger et de délectable. Je suis désespérée de vivre dans un monde qui n'apprécie plus cela. Quand j'étais étudiante, mon prof voulait que je passe l'agrèg ; il y avait deux sortes d'êtres humains sur terre à ses yeux : les agrégés; et le reste. J'ai refusé ; beaucoup trop paresseuse, et puis je travaillais dans le marketing en même temps, et si j'aimais mes études, je détestais l'ambiance de bibliothèque poussiéreuse de la fac ; en plus mon prof était d'extrême droite : à l'occasion, il défilait en tenue de pénitent genre Ku Klux Klan ; Clovis le jetait dans les bras de Le Pen, par un procédé qui m'échappait. Entre le monde du Jeu des Perles de Verre et celui des supermarchés, j'ai choisi celui des supermarchés, parce que l'autre me semble lugubre. Je ne peux pas dire que je le regrette, mais je me suis tout de même éloignée de ce monde de culture qu'était la fac.
Je le redécouvre maintenant, surtout que j'ai du temps. Pourquoi est-il impossible de concilier les deux? Pourquoi le passé sombre-t-il dans un naufrage inexorable? Pourquoi perdons-nous la mémoire?
Bon, bref.

Les Impérialistes venaient juste de dire que le petit état indépendant ne pouvait rester neutre, car accepter leur neutralité aurait eu l'air d'un aveu de faiblesse.

Petit état indépendant, surpris, voire, le malheureux, choqué : Est-ce là la conception que vos sujets se font de l'équité ? Les cités qui n'ont avec vous aucune attache et celles que vous avez soumises, les mettent-ils donc sur le même plan ?


Impérialistes, techniques :
Ce ne sont pas les arguments plausibles, pensent-ils, qui manquent aux uns et aux autres ; mais si quelques cités conservent leur indépendance, ils pensent qu'elles le doivent à leur puissance et que c'est la crainte qui nous empêche de les attaquer. Ainsi en vous réduisant à l'obéissance, non seulement nous commanderons à un plus grand nombre de sujets, mais encore par votre soumission vous accroîtrez notre sûreté, d'autant mieux qu 'on ne pourra pas dire qu'insulaires et moins puissants que d'autres, vous avez résisté victorieusement aux maîtres de la mer.

Le petit état indépendant commence à trouver saumâtre le débat. Je saute quelques répliques plus locales. Voici comment ils résument la situation
: Voyons, si vous-mêmes n'épargnez rien pour maintenir votre empire et si des peuples déjà esclaves font tout pour secouer votre joug, nous qui sommes libres encore, nous commettrions la lâcheté et l'ignominie de ne pas tout tenter pour éviter la servitude ?

Et là, les Impérialistes se font cyniques : le petit état n'a aucune chance. Donc :
Non, si vous délibérez sagement. Car il n'est pas question pour vous d'une lutte d'égal à égal où votre réputation soit en jeu et où il vous faille éviter la honte d'une défaite. C'est sur votre salut même que vous délibérez et vous avez à vous garder d'attaquer des adversaires bien plus puissants que vous.

Ce cynisme doit écoeurer leurs interlocuteurs :
Eh bien ! nous savons que la fortune des armes comporte plus de vicissitudes qu'on ne s'y attendrait en constatant la disproportion des forces des deux adversaires. Pour nous, céder tout de suite, c'est perdre tout espoir ; agir, c'est nous ménager encore quelque espérance de salut.

Les Impérialistes s'en moquent, et ils savent très bien qui est le plus fort :
L'espérance stimule dans le danger ; on peut, quand on a la supériorité, se confier à elle ; elle est alors susceptible de nuire, mais sans causer notre perte. Mais ceux qui confient à un coup de dés tout leur avoir - car l'espérance est naturellement prodigue - n'en reconnaissent la vanité que par les revers qu'elle leur suscite et, quand on l'a découverte, elle ne laisse plus aucun moyen de se garantir contre ses traîtrises. Vous êtes faibles, vous n'avez qu'une chance à courir ; ne tombez pas dans cette erreur ; ne faites pas comme tant d'autres qui, tout en pouvant encore se sauver par des moyens humains, se sentent sous le poids du malheur trahis par des espérances fondées sur des réalités visibles et recherchent des secours invisibles, prédictions, oracles et toutes autres pratiques, qui en entretenant leurs espérances causent finalement leur perte.

Ah! voilà pour Moukmouk. Les dieux arrivent, mais discrètement. Les dieux anciens ne se voilaient pas de théories. Les dieux n'arrivent pas tout seuls, le petit état fait aussi confiance à ses alliances politiques. Si leur cause est juste, les dieux et leurs alliés les soutiendront. Comme la naïveté est ancienne! :
Nous n'ignorons pas, sachez-le bien, qu'il nous est difficile de lutter contre votre puissance et contre la fortune ; il nous faudrait des forces égales aux vôtres. Toutefois nous avons confiance que la divinité ne nous laissera pas écraser par la fortune, parce que, forts de la justice de notre cause, nous résistons à l'injustice. Quant à l'infériorité de nos forces, elle sera compensée par l'alliance de [l'autre état puissant, mais pas impérialiste, ennemi des Impérialistes] que le sentiment de notre commune origine contraindra, au moins par honneur à défaut d'autre raison, à venir à notre secours. Notre hardiesse n'est donc pas si mal fondée.



Les Impérialistes se marrent : comme l'a remarqué Moukmouk, on sait de quel côté se mettent les dieux.
Et là, ça devient excellent. Je surligne le meilleur selon moi : Nous ne craignons pas non plus que la bienveillance divine nous fasse défaut. Nous ne souhaitons ni n'accomplissons rien qui ne s'accorde avec l'idée que les hommes se font de la divinité, rien qui ne cadre avec les prétentions humaines. Les dieux, d'après notre opinion, et les hommes, d'après notre
connaissance des réalités, tendent, selon une nécessité de leur nature, à la domination partout où leurs forces prévalent. Ce n'est pas nous qui avons établi cette loi et nous ne sommes pas non plus les premiers à l'appliquer. Elle était en pratique avant nous ; elle subsistera à jamais après nous. Nous en profitons, bien convaincus que vous, comme les autres, si vous aviez notre puissance, vous ne vous comporteriez pas autrement. Du côté de la divinité, selon toute probabilité, nous ne craignons pas d'être mis en état d'infériorité. Quant à votre opinion sur [vos alliés], dont vous escomptez qu'elle vous secourra pour ne pas trahir l'honneur, nous vous félicitons de votre naïveté, sans approuver votre folie. Vos alliés, il est vrai, entre eux et dans leurs institutions nationales, font preuve généralement de droiture ; mais dans leurs rapports avec les autres peuples, que n'y aurait-il pas à dire sur leurs procédés ! Pour tout dire en un mot : plus manifestement qu'aucun peuple de notre connaissance, ils appellent l'agréable l'honnête, et l'utile le juste ; une telle disposition d'esprit ne s'accorde guère avec vos folles prétentions sur votre salut.

Voilà. Attendre encore un peu pour la fin.

7 commentaires:

M1 a dit…

T'as été l'élève de Bruno Golnich? :o)

antagonisme a dit…

???

M1 a dit…

"...en plus mon prof était d'extrême droite : à l'occasion, il défilait en tenue de pénitent genre Ku Klux Klan ; Clovis le jetait dans les bras de Le Pen..."
Je demande, c'est tout! :o)

antagonisme a dit…

Ah! J'ai compris. Non. Le mien n'était pas si extrême, encore que je ne sais pas. A sa façon, il était sympa, mais en même temps il m'a dégouté de la recherche. Par exemple, si j'avais fait de l'archéologie avec Indiana Jones... ou son père... et pourtant l'archéologie m'emmerde. En revanche j'ai eu un prof réputé : Chaunu. Il était bizarre. Je n'allais pas à ses cours, mais j'ai passé un oral hallucinant avec lui. Gollnish m'aurait fait peur. Il s'habille aussi en pénitent? Remarque, si ça tombe, mon prof était copain avec lui.

antagonisme a dit…

Ah! J'ai compris. Non. Le mien n'était pas si extrême, encore que je ne sais pas. A sa façon, il était sympa, mais en même temps il m'a dégouté de la recherche. Par exemple, si j'avais fait de l'archéologie avec Indiana Jones... ou son père... et pourtant l'archéologie m'emmerde. En revanche j'ai eu un prof réputé : Chaunu. Il était bizarre. Je n'allais pas à ses cours, mais j'ai passé un oral hallucinant avec lui. Gollnish m'aurait fait peur. Il s'habille aussi en pénitent? Remarque, si ça tombe, mon prof était copain avec lui.

M1 a dit…

C'est pas pour défendre cet enfoiré mais il paraît qu'il (Golnich) est excellent prof! je ne sais pas s'il s'habille en pénitent mais le kaki lui iait super bien!

antagonisme a dit…

Les opinions d'une personne et ses compétences sont sans rapports l'une avec l'autre.