30 octobre 2007

Repas

Lorsque j’étais plus jeune, j’étais organisée avec indifférence et je faisais toujours les corvées à la dernière minute. Par exemple, mettre la table, ce que j’avais rarement à faire vu les horaires de mon mari ; et quand je la mets pour les enfants, c’est au pas de course.

Depuis qu’ils sont plus grands c’est différent. Ils mangent vraiment des repas et en observant une amie j’ai redécouvert l’eau tiède : à savoir que lorsqu’une famille mange ensemble, cela peut être un bon moment familial, un bon moment passé ensemble : si tout le monde aime le repas, si tout le monde s’amuse, c’est vraiment important. Mon amie était prof et pas catho : j’ai des amis cathos qui m’avaient parlé du repas, moment de partage, mais ils m’énervaient. Chez ma copine, j’ai réalisé que c’était du vécu. Avec une grande patience, elle faisait participer sa fille à la confection de certains plats, ou de certaines parties du plat. Mes enfants m’ont parlé de repas chez certains copains, où « on se poile trop » - pourquoi on se marre pas chez nous ? (Parce que les repas stressent maman) Dans ma belle-famille aussi le repas est un moment ; en fait, ils ne font que manger, devant le journal de la 1 ; et entre deux ils meublent, vaquent vaguement, font la vaisselle, la sieste, les courses, en vue du deuxième moment de la journée : le repas du soir. Ils sont tous gros, stupides, avec des maladies cardio-vasculaires, un diabétique, etc. Je les déteste.

Mais tout de même j’ai redécouvert l’importance du repas. J’ai redécouvert que c’est bien de mettre la table avant : cela donne l’impression que le repas est attendu. Pourtant je n’ai pas. Cela fait femme au foyer. J’ai horreur. C’est épidermique. J’y suis allée par étapes : avant, je ne mettais que les assiettes. Mon mari me lançait : on mange avec les doigts, aujourd’hui ? Maintenant je mets les couverts en plus, et les verres au dernier moment. Enfant, je mettais la table complètement, jusqu'au sel, et au beurre, et à la cruche d’eau.

Mon mari fait la cuisine aussi ; mieux que moi. Nous avons chacun nos spécialités ; il met le couvert, prépare les apéritifs, avec une dextérité que je n’ose imiter parce que cela fait femme qui s’occupe de sa famille, je sais, je suis une femme, j’ai une famille, mais il y a des images qui ne passent pas. Je sais par expérience qu’il fait une excellente maîtresse de maison (repassage inclus … ) quand il a le temps.

N’empêche, mon cœur se serre quand on passe à table. Il faut le faire : tout le monde a besoin de manger, je n’ai pas beaucoup fait la cuisine depuis cinq ans… et en plus j’aime assez cuisiner. Mais ces images ne passent pas. Je me sens autre, pas moi, prisonnière.

Entre deux repas classiques (ce soir : poulet sauce suprême, la version volaille de la blanquette de veau, un truc qui jette mais qui est super-simple), j’intercale des grèves (il prépare les repas) ou des apéritifs dînatoires ; hier il a fait des bruchettes ou bruschettas.

Après le repas il fait la vaisselle. Ou il la fait faire à ses fils. Je ne me plains pas (je précise).

Mais j’ai du mal tout de même. Quelque chose qui serre dans le ventre.

4 commentaires:

Florence a dit…

Je te rejoins sur l'empêchement par "l'image"... à mes débuts de "femme au foyer", j'ai assumé. Passer la serpillère chaque jour. Une journée pour les chambres, une pour la salle, une pour faire les salles de bain etc... c'est tellement plus simple en effet quand tout est organisé.
Sauf que... sauf que j'ai un métier... qui n'est pas celui là !
Celui de mère est le premier. Celui de logisticienne (et à l'extérieur du foyer !!!) le second (même s'il est venu en premier !)... Je ne suis pas la femme de ménage. Les tâches se partagent... et ça fait un an que ma maison va un peu à vaux l'eau... et que j'attends de retravailler en profitant à fond de mon rôle de mère.
J'aime beaucoup ton billet sur le voile !
Bises !

antagonisme a dit…

Et parfois c'est dur de tout voir aller à vau-l'eau, mais c'est dur aussi de se taper tout le ménage. Non parce que c'est toujours les mêmes, le plus souvent.

Filomène a dit…

Difficile pour toi de te sentir "au foyer" genre coincée? Ou alors parce que tu voudrais une perfection et une organisation qui ne sont pas là?
Les repas peuvent être des moment agréables, mais aussi des guerres de tranchée, c'est pas tous les jours "super-famille" et je parle en connaissance de cause.

antagonisme a dit…

Ce sont les souvenirs qui me gênent. Je ne sais pas comment l'expliquer. Cela a un rapport avec ma mère. Comme si elle sourirait avec une ironie méchante et qu'elle disait : "Toi aussi, tu fais finalement la même chose que moi!". Ce à quoi je voudrais répondre : "Oui - mais mieux."