10 août 2007

Le pays dans lequel je ne suis pas morte - 7

Quand je me réveille, je suis dans le doré. C’est agréable. Un mec, doré aussi, avec une sorte de vaporisateur sur le dos, vaporise le mur à l’aide d’un long tuyau relié à son appareil. C’est curieux, car il ne fait aucun bruit. Des mouches ou des abeilles volètent autour de lui. Je trouve cela curieux qu’on vienne faire cela dans une chambre d’hôpital, mais bon, me dis-je, après tout c’est l’Espagne.

Je dors encore, et quand je me réveille, je ne suis plus dans le doré. Je demande dans mon espagnol exécrable pourquoi le type était là.

Ça donne à peu près ça.

- Habia un hombre… Porque ?

- No, cariño, no habia.

- Si… habia… et moscas tambien.

- No habia hombre, no habia moscas.

- Si … o abejas.

- Abejas tampoco.

J’en parle à mon mari. Je lui dis que je vais peut-être être allergique au produit qu’il vaporisait. Il me regarde avec inquiétude.

- Il n’y avait personne.

- C’est pas possible. Va leur demander.

Il y va.

- Non, il n’y avait rien. Elles disent que tu as eu une hallucination.

- Non mais c’est pas possible, je l’ai vu.

- Ecoute, c’est la UMI ici, ils vont pas envoyer des mecs pour vaporiser les insectes dans la UMI.

- C’est quoi la UMI ?

- C’est ici. C’est un endroit pour les malades graves.

- Mais je ne suis pas malade. L’accouchement s’est mal passé ?

- Pas vraiment.

- C’est l’asthme ?

- Ce n’était pas de l’asthme. Tu as eu une double pneumonie. Ils t’ont endormi pour te mettre sous respirateur artificiel et te soigner.

- Tu ne crois pas qu’ils ont un peu paniqué ?

Mon mari est agacé.

- Non, je ne crois pas qu’ils ont un peu paniqué. Regarde –toi.

Je ne peux pas bouger, je suis molle, mais en tournant la tête je constate, ce que je n’avais pas remarqué, que j’ai trois perfusions, une dans chaque coude plus une au poignet, et que dans chaque perfusion, rentrent trois tuyaux (donc neuf tuyaux en tout).

J’ai aussi un tuyau dans le nez, et un truc qui va dans l’artère (mais je ne le saurais qu’après, quand ils me l’auront enlevé, au bout de trois semaines – j’ai failli m’évanouir : c’était quoi, ce truc ? Un tuyau qui va dans le …(je ne comprends pas), alors elle me dit que ça va cerca du corazon ;et je me mets à crier : mais c’est hyper dangereux – et elle s’en va avec agacement). J’ai aussi un drain pour uriner.

Enfin, ce jour-là, je suis très fatiguée, et je demeure convaincue au fond de moi (je suis dans le brouillard) que tout le monde s’est beaucoup énervé pour une grosse crise d’asthme.

1 commentaire:

Pablo a dit…

J'ai toujours eu des difficultés à distinguer les UVI (unidades de vigilancia intensiva) des UCI (de cuidados intensivos), et maintenant grâce à toi j'apprends qu'il y a aussi les UMI (de medicina intensiva) !