27 juin 2007

Argent

A propos de l'argent, l'autre jour, je me suis égarée. Ce que j'ai dit me paraît juste, mais je voulais dire autre chose.
La vie est courte, et ce qui me semble important, c'est de chercher à être heureux. pas forcément égïstement, mais être heureux, parce que de toute façon on mourra, alors autant enprofiter avant; et puis il y a tant que personnes malchanceuses, que se rendre malheureux est en quelque sorte indélicat : pour nous qui avons beaucoup de chance, le malheur est un luxe, le plus souvent.
(Moi je me plains tout le temps mais ici; dans ma vie j'essaie d'être gaie; la gaieté est positive même pour les autres).
Or, il fut un temps où je manquais vraiment d'argent, quand j'étais étudiante; en plus, j'étais entourée de filles riches, et mécontentes. J'avais assez d'argent pour vivre, bien sûr, mais rien pour les extras. Or, les extras font l'agrément de la vie. Mes copines allaient au restaurant avec leurs parents, stupides, et s'en plaignaient (moi j'ai toujours eu un faible pour les restaurants). On les emmenait au théâtre, les malheureuses.
Enfin, je ne me plains pas, Paris regorge d'activités pour les pauvres, il y a toujours des fêtes de ceci, fête de machins, j'ai vu en mon temps de nombreuses pièces de théâtres, souvent exécrables, lors d'une fête ou d'un festival, crées par le cousin de chose ou le copain de bidule, auxquelles je n'accrochais pas du tout et je restais sur le rivage des mondanités culturelles, nigaude; il fallait avoir aimé, adoré, je n'aimais jamais.
Je m'égare encore!!
Donc, recherche du bonheur, et en attendant, du plaisir (au sens large - ....).
Or, nous sommes dans une société qui crée des besoins artificiels qui doivent être satisfaits, et cette satisfaction procure un soulagement temporaire, jusqu"au besoin suivant.
Moi, je me suis aperçue que ces besoins (acheter une jolie robe, aller voir un film tentant) ne comblent que cette satisfaction immédiate. Il est beaucoup plus intéressant et enrichissant de chercher d'autres plaisirs ou d'autres satisfactions, que l'argent ne peut satisfaire. Ce qui ne veut pas dire ne jamais rien acheter non plus. Regarder autour de soi avec concentration pour voir des choses étranges, curieuses, insolites, jolies ou drôles, est un plaisir qui ne vaut rien et peut procurer de grandes satisfactions, souvent imprévues. On ne voit rien, pendant des jours, et soudain on voit quelque chose.
Beaucoup de choses peuvent procurer une grande satisfaction. Certaines, curieusement, sont difficiles à réaliser. Par exemple : je rêve depuis très longtemps de m'asseoir dans mon salon pour boire un thé. Mon salon devrait être rangé, et le thé pas ordinaire, dans une jolie tasse. Un truc proustien, quoi. Je serai seule, avec un livre, et je resterai assise au moins une demie-heure. J'essaierai de m'imprégner de l'ambiance et de me faire croire à moi-même que je suis une jeune femme sérieuse dans un appartement rangé, comme dans les pub des années 50.
Je n'ai jamais réussi.
En revanche, je me mets parfois dans un coin de mon appart et je regarde par les fenêtres à travers les fleurs ou les branches d'arbres et je me dis : ce que tu vois là, autour de toi, tout cela va bientôt disparaître comme si rien n'avait existé. Plus jamais je ne verrais cela, de ma vie. Ce sera, pour toujours, fini.
Je sais, ça fait nul. C'est mon côté culcul. Mais je ne peux pas m'en empêcher. C'est comme le dies irae du Requiem de Mozart, ou le moment de l'élévation du graal dans Parsifal. A raconter, c'est peu de choses, mais à vivre, c'est comme une infusion de poésie, pendant quelques secondes, dans une vie ordinaire.
Et cela, ça ne s'achète pas, ça n'a pas de valeur chiffrable, mais c'est aussi bien qu'une robe ou un film (sauf un film de Fellini). L'argent ne peut pas tout acheter, et je me méfie de ce que l'argent achète. Ce qui est donné par la vie est plus précieux, plus intéressant (pas forcément gratuit cependant).

3 commentaires:

Pablo a dit…

Le cinéma est pour moi au même niveau que la littérature : c'est vrai qu'il y a des films ou des livres "de consommation", qu'on voit ou qu'on lit comme on achète une robe, suivant la mode de la saison, cette robe qu'on ne mettra que quelques fois et qu'après on jettera ou on oubliera. Mais il y a aussi des films et des livres (et des musiques comme tu le dis si bien) qui procurent ce bonheur rare dont tu parles (même si ce bonheur se présente des fois sous la forme d'un grand malaise, il y a des films et des livres —peut-être aussi des musiques, là je ne sais pas trop— qui font mal comme un coup de poing à l'estomac). À part ça (et peut-être à part ton allusion à Fellini, que je n'ai pas bien comprise —ou que je n'ai pas voulu très bien comprendre—), j'aime beaucoup tes réflexions.

Hier, sur un blog, j'ai lu un article assez inquiétant sur les faux diamants ; j'ai aussi écouté ces derniers jours à la radio plusieurs infos sur les contrefaçons. On imite avec une perfection quasi absolue des objets des grandes marques (très chères), ou on fabrique de manière artificielle avec une précision d'¿horloger? (et de façon légale) des cristaux qu'il est très difficile de distinguer des vrais diamants. (Dans tous les cas, contrefaçons ou imitations, ça revient "infiniment" moins cher). Ça (me) donne à penser sur la vraie valeur de l'argent... Mais les plaisirs simples, qui ne coûtent rien (mais moi non plus je ne dis pas qu'ils soient faciles à réaliser pour autant, seulement ils n'ont rien à voir avec l'argent) comme une course à pied où l'on se sent particulièrement bien, un échange d'amour physique où l'on croit partir à l'autre bout de l'univers, ce thé dans ton salon dont tu parles, constituent des bonheurs avant tout inimitables, uniques (je dirais aussi fugaces : est-ce là leur essence ?).

Yves Duel a dit…

Tiens, c'est curieux : moi, c'est plutôt le Tuba mirum.

dieudeschats a dit…

"Or, nous sommes dans une société qui crée des besoins artificiels qui doivent être satisfaits, et cette satisfaction procure un soulagement temporaire, jusqu"au besoin suivant."

Exactement ! Nous consommons notre vie... nous la vivons par procuration via les standards imposés de la pub et de la société.