19 mai 2007

Ors et fastes républicains

Bien que je manque d'arguments solides pour étayer cette thèse (car, selon moi, pour affirmer quelque chose il faut le démontrer), les cérémonies de passation de pouvoir entre Chirac et Sarko ont un faux air d'ancien régime assez pénible. Un peu de sobriété serait bienvenue, non? Il ne s'agit que de mon opinion, même si j'ai lu ou entendu la même chose ailleurs. C'est le côté catho, quoiqu'on en dise, qui ressort; je suis croyante (encore qu'en ce moment je suis perturbée) mais je trouve qu'il faut laisser Dieu où il doit être (c'est-à-dire en fait on ne sait trop où, mais pas dans le pouvoir) – dans les coeurs, ou les âmes. En voyant toutes ces infos saoulantes (vous me direz : pourquoi regarder? Normalement je ne regarde jamais la télé, mais je suis mariée et je viens m'asseoir devant le petit écran vers 8 heures, quand l'Ours rentre du boulot, pour être ensemble, genre couple classique, comme ses parents; il y a beaucoup à en dire, mais je ferais cela ailleurs, j'ai ouvert un blog pour mes jérémiades internes), je me disais que nous avons toujours des rois; d'ailleurs Hugues Capet a été élu. Vous allez me demander où est le catholicisme? J'explique.


La France est la Fille Aînée de l'Eglise. Le système idéologique qui s'est mis en place progressivement durant le Moyen Age fait du roi le représentant de Dieu sur Terre. Cette théorie n'a d'autre but que de légitimer et renforcer le pouvoir royal. En Italie, la théorie, c'est que le pape est le représentant de Dieu sur Terre et que tous les princes laïcs lui sont soumis. Cette théorie-là légitime le désir des papes de prendre la suite des empereurs (n'en déduisez rien sur le discrédit jeté sur la foi; que les hommes, à travers la religion ou pas, cherchent à augmenter leur pouvoir, c'est humain, et n'a rien à voir avec Dieu; en général les gens ne croient pas en Dieu parce qu'ils critiquent l'Eglise institutionnelle; comme de remettre en cause le plaisir de manger du caviar parce que c'est cher). Bref, chacun en Europe se fait sa théorie pour légitimer son pouvoir.

Donc France Fille aînée de L'Eglise; Donc, le représentant de Dieu sur Terre doit vivre dans le faste, histoire d'impressionner les populations. Philippe Auguste n'était pas très fort en décorum. Louis XIV beaucoup plus. La Monarchie Absolue trouve en lui son achèvement suprême. Les dorures, le somptueux, pour signifier visuellement qu'il est exceptionnel, c'est lui. Louis XV et XVI continuent. Après, avec les révolutionnaires, on passe à la sobriété, mais avec Napoléon, retour de la pompe et du falbalas au service de l'image du pouvoir; et depuis ça continue; histoire de rappeler au peuple qui on est.

Tout cela me dégoûte, sans compter que des cérémonies j'en ai fait deux ou trois, par exemple une avec Douste-Blazy, et tous les Français d'ici (ceux qui avaient eu l'insigne honneur d'être invités, donc moi je l'avais été, vu mes excellents rapports avec Farid Zaghouani, donc j'étais dans les Elus, mais certains étaient plus Elus que moi, et me regardaient de haut – vous voyez le genre?) et j'ai vu leur vide et leur creux. On assemble les gens, le Politique arrive, fait un discours, c'est-à-dire énumère des mots choisis et se tire; et les gens mangent (le cuisinier de l'Ambassade est excellent). Au 14 juillet, chaque année c'est la même chose : ceux qui sont invités chez l'Ambassadeur s'empiffrent. Cela n'a rien de Républicain.


Sarko nous ressemble : nous, nous allons nous empiffrer chez l'Ambassadeur, lui il part se reposer sur un yacht de milliardaire, et les journalistes le pistent parce que c'est le moment, cela fait vendre. Où sont les articles de fond sur les élus UMP du 92? Combien y en a-t-il? Ils vont probablement fleurir maintenant, de même que je ne m'y intéresse que maintenant, à cause des législatives. Mais moi je ne suis pas journaliste. On va avoir droit pendant un mois à du tirage dans les pattes et puis cela se finira. On ne saura plus rien sur les magouilleurs et les profiteurs parce que les sujets sérieux il ne faut pas en abuser. Quand ça ne fait plus vendre on arrête d'en parler.


Nous avons les hommes politiques que nous méritons. La télé nous endort et nous nous laissons faire.

3 commentaires:

Helene a dit…

Hmm... ton analyse tient la route ! ceci dit, moi je l'explique juste par le besoin de pouvoir et de gloriole des hommes qui font dire à Dieu ce qu'ils veulent et le récupère pour flatter leur égo hypertrophié ! (ça fait un peu désabusé non ?)

Pablo a dit…

Par contre, les monarchies parlementaires modernes (je ne parle pas des Anglais, un peuple qui refuse toujours d'adopter le système métrique décimal) ont la tendance contraire : pour subsister, ils renoncent aux ors et aux fastes, de façon à paraître plus proches de leurs sujets qu'ils ne le sont en réalité : ce n'est pas qu'ils renoncent à leur divinité (de laquelle ils sont intimement convaincus), tout simplement ils ont peur d'être bannis par leur peuple comme ils l'ont été tant de fois dans l'histoire récente.

C'est paradoxal que les présidents républicains, issus apparemment de la démocratie et du peuple (contrairement aux rois et aux princes qui eux le sont de par leur naissance) cherchent à s'investir de cette divinité, comme vous l'expliquez, à exhiber cette somptuosité qui démontre leur exceptionnalité...

Pablo a dit…

(Excusez-moi la synecdoque, j'ai écrit les monarchies...ils renoncent ; ... en fait je dis synecdoque mais vous comprenez que ce n'est qu'une excuse banale pour justifier non pas ma syntaxe pénible, mais mon manque de lucidité)