23 mai 2007

Immigration

Je lis en ce moment de nombreux textes exaspérants sur les blogs, relativement à l'immigration et au racisme.
L'idée de base, en gros, c'est que Sarkozy parle de l'immigration choisie et que c'est pas bien.
Quand Sarkozy dit cela, la personne qui écrit son blog comprend que l'on parle d'un PVD, africain voire arabe. Ceux qui choisissent sont les Français ou Européens, et ils sont vilains de choisir les gens qui doivent immigrer dans leur pays.
L'auteur de l'un des blogs vivait lui-même dans un pays étranger au sien et s'englobait dans ces immigrés, et prenait à son compte le concept d'immigration choisie.

Bon. Comme d'habitude, tout est très compliqué.
Déjà, ce que je déteste, c'est la simplification.
Confondre, par ignorance ou pour faire un effet, l'immigration d'un européen et celle d'un africain, par exemple, c'est ridicule, voire choquant. Et je sais bien de quoi je parle.
Moi, je peux choisir. Même si je me retrouve coinçée, comme ici, grâce au ciel et au pays dans lequel j'ai vu le jour, je ne suis jamais dans des situations de misère dramatique. Mais que dire de Sana? Si elle veut utiliser au max ses compétences, elle doit quitter son pays. Sinon, le système la dévorera. Et Sana est une privilégiée! Que dire des enfants qui choisissent de voyager dans les soutes à bagages et qui meurent de froid? Que dire de mes deux élèves ivoiriennes qui ont du fuir leur pays? Faire semblant de croire que les Européens quittent leur pays comme les Africains est idiot.
L'Europe est un jardin; un joli jardin; peut-être l'Eden, pour certains. Moi, quand j'y retourne, je trouve que tout y est joli. Alors, si j'avais vécu dans des bidonvilles africains, quel effet cela me ferait-il? je n'arrive même pas à l'imaginer.
Ce jardin fait rêver tous les malheureux du monde, et ils sont très nombreux.
Quel peut être l'état d'esprit de tous ces gens dépourvus de tout qui sont les plus nombreux sur la planète et qui ne bénéficient en rien de l'accroissement mondial des richesses, je laisse à l'imagination de chacun de mes lecteurs d'en décider.
En tout cela, un nombre croissant de gens, n'ayant rien à perdre et vivant des vies tellement terribles se moquent totalement des risques encourus pour venir en Europe. Ils s'en moquent, comme de la politique de limitation de l'immigration. On ne voit pas comment ils s'en soucieraient outre mesure. Quand vous avez soif, est-ce la présence de soldats vous découragera d'atteindre le puit? Non, vous attendrez seulement la nuit.


Les nouvelles politiques européennes (assez molles, et étrangement réalisées, il faut le dire) sont d'aider au développement des PVD. Utopique, d'accord, mais comme disait Guillaume d'Orange, "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer." Quand l'Europe tend une main à l'Afrique, moi je serai africain, je me demanderai quelle arme elle cache dans l'autre. Il n'y a pas de bons sentiments en politique. N'empêche que pour empêcher les gens de débarquer en Europe, autant qu'ils aient envie et de bonnes raisons de rester chez eux. Je ne pense pas que l'Europe soit capable de leur apporter cela, car on n'aide jamais que soi-même. L'Afrique a intérêt à se débrouiller seule. Comment, je ne sais pas - mais seule. (Elle pourrait rappeler à la France que, comme démocrate, Robespierre n'était pas performant.... Mais non, car il lui faudrait d'abord se débarasser de tous les Robespierre africains soutenus par la France... Mes raccourcis, honteux pour un historien, sont peut-être obscurs pour des non-initiés).

Bref. Même si j'ai parfaitement compris que les auteurs de blogs dégoulinent de bons sentiments et qu'ils veulent prouver qu'il ne faut pas attaquer les pauvres africains ou arabes parce que les Européens ne valent pas forcément mieux (non! c'est vrai?), je trouve que mettre sur le même plan l'immigration d'enfants gâtés européens (enfin, moi, c'est comme ça que je bouge; je choisis, en fonction du prix de l'immobilier et des restaurants; ce n'est pas si facile, mais bon) et celles de désespérés, voire de damnés qui fuient la misère est d'une innocence indécente.

3 commentaires:

Pablo a dit…

Je partage la plupart de tes réflexions sur l'immigration, qui est un sujet très difficile et qui pose des problèmes qui n'admettent jamais de solution simple : en partie, parce que ces problèmes nous placent face à nos propres contraditions, et que je ne pense pas que ces contraditions soient évitables. (Comme je ne suis pas de très près la politique française, et encore moins les blogs !, j'ignorais ce concept d'immigration choisie de Sarkozy : je viens de découvrir grâce à toi qu'on en parlait déjà —sur la presse et sur les blogs— il y a plus d'un an).

De tout ce que tu dis, ce qui m'inspire le plus de réticences c'est quand tu écris que L'Afrique a intérêt à se débrouiller seule. Enfin, oui, sur le principe je suis d'accord. Mais d'abord il faut les laisser se débrouiller seuls, ce qui requiert "notre" intervention : sur la dette externe de ces pays qui absorbe la plupart de leur revenu ; sur les problèmes de santé, à commencer par le sida (il faudrait renoncer aux brevets sur les médicaments) ; sur le commerce asymétrique qu'on entretient avec eux (sans oublier les armes fabriquées dans nos pays occidentaux)... Non, ce n'est pas facile tout ça.

antagonisme a dit…

Je ne comprends pas exactement ce sur quoi tu n'es pas d'accord. Veux-tu dire qu'ils ont besoin d'aide? Bien sûr qu'ils en ont besoin, mais l'aide distribuée parvient rarement jusqu'à ceux qui enont besoin, elle est détournée par des gouvernements corrompus. Et les gouvernements européens savent bien que l'aide qu'ils donnent est détournés par ces corrompus. mais ils les laissent au pouvoir parce que ces corrompus leur laissent à leur tour quelques avantages et ainsi de suite.

Pablo a dit…

Je sais, je sais que les aides sont détournées et que les gouvernements européens préfèrent regarder ailleurs, que l'action de ceux-ci est conditionnée par leur intérêt de contrôle économique ou de sauvegarder certains avantages comme tu dis... Je voulais dire plutôt qu'il faut d'abord des «grandes politiques» (j'ai cité la dette extérieure parce que ça me paraît un truc tellement évident) : cela commencerait à donner à ces pays des raisons (ou au moins la base) pour que les gens restent chez eux. Mais nos politiciens sont tellements petits, leurs vues tellement étroites ; et de l'ONU (ce monstre de burocratie) il vaut mieux ne pas en parler...

(J'ai déjà écrit «contradiction» 100 fois, hier soir).