31 mars 2007

Enfants

Aujourd'hui je surfe furieusement et j'ai découvert un blog formidable.
Dans ce message, Hélène parle de l'enfant parfait, dont on doit faire son deuil. Deuil plus difficile pour elle.
Je vois bien comment j'ai pris mon fils aîné, de quelle façon je l'ai embrigadé, et je me vois le lâcher de plus en plus, le laisser avancer, cet enfant loufoque, qui veut aller à droite quand on lui demande d'aller à gauche. Aujourd'hui, comme je lui parlais de notre départ, dont il se doute et dont il n'a parlé à personne (sinon des élèves seraient venus me voir), j'ai réalisé sa force et son caractère. Il m'a impressionné. Il a envie de partir, "parce qu'ici c'est chiant", mais il n'en parle pas et n'a même pas l'air impatient de savoir où, quand, comment. Son flegme m'a stupéfiée. Il devient adulte.
Et je me suis tellement fait de souci, alors qu'il n' a aucun problème. Son écriture. Son ardeur au travail.
Son seul "problème", c'est l'écriture. C'est tout!
Je découvre que mon fils est un garçon formidable. Que je n'ai aucun souci à me faire.

Vie de bureau

Article génial sur la vie de bureau.
Du temps où moi aussi j'étais employé de bureau (ce temps fut bref), cela correspond exactement à ce que j'ai ressenti.
Voilà pourquoi je suis en rage quand on dit que les profs ne bossent pas, entre les dix-huit heures de cours durant lesquelles on bosse parce qu'on ne peut pas faire semblant et tenir vingt-cinq gamins, et les prépas ou corrections durant les quelles on ne peut pas faire semblant parce que si on perd du temps, c'est nous qui travaillons plus, donc il faut y aller à fond.
Il faudrait que j'arrête d'être prof, ou que je le sois moins d'heures, pour faire autre chose.
Mais "autre chose" sans collègue. Je veux travailler sans collègue.
Non parce que je ne veux plus être prof, parce qu'on est vraiment obligé de bosser, et moi je suis glandu je ne veux pas bosser!
Un travail cool, sans collègue, bien payé.
Tout simple.
Je m'y mets dès mon arrivée aux Hespérides.

Lectures

Saines lectures : je lis la vie des douze Césars, de Suétone.
J'ai acheté ce livre il y a peut-être vingt ans, ou vingt cinq ans. je l'ai lu avec ennui, et abandonné, mais je ne m'en suis pas débarrassée : ma fascination pour la littérature romaine est totale.
Je lis relis aujourd'hui, avec admiration. Les pages sur Tibère sont extraordinaires. Il me semble entr'apercevoir, derrière deux mille ans et les différences culturelles, un homme d'abord écoeuré de la lacheté des hommes politiques de son temps, cruellement déçu par l'évolution des institutions de la République Romaine, par la lacheté des sénateurs qui souhaitent lui voir prendre le pouvoir. Peut-être parce qu'il ne veut pas ce pouvoir, et avec, àla fois, l'ivresse que le pouvoir absolu peut donner, et le mépris de ses contemporains que son histoire personnelle a pu lui faire avoir, il devient peu à peu un autocrate tyrannique et injuste. N'oublions pas que les sénateurs n'aimaient pas qu'on les contraigne, et qu'ils ont été sévères avec les empereurs qui ne mettaient pas les forces démocratiques à leur pouvoir autoritaire (à la Auguste ou à la Marc-Aurèle). Je vois Tibère amer et peu soucieux des formes.
Il fuit sa mère, persécute sa famille et ses amis. Bon, à la romaine, il en assassine quelques uns. Le meurtre politique, rappelons-le, n'est pas tombé en désuétude partout : les Russes, ce me semble, le pratiquent encore. A part ça, la vie étant ce qu'elle est, moi je comprends Tibère. Qu'est-ce que c'est qu'un ami? Moi aussi j'ai des amis. Il n'y en a pas dont je n'airien à redire, et j'ai connu des gens dont le regard sur moi a changé avec ma situation professionnelle et celle de mon mari. Certes, j'assassine peu. C'est que j'ai derrière moi deux mille ans de christianisme et un certain assouplissement des moeurs sociales et politiques. Force m'est d'avouer que j'ai quelques meurtres dans le coeur. Je ne suis pas parfaite et des sentiments violents m'agitent. Alors, si j'avais été impératrice romaine....
Le récits des turpitudes de Tibère doit par ailleurs être critiqué, je ne sais plus comment, j'ai étudié cela il y a longtemps, mais critiqué. Les médisances et la désinformations sont vieilles comme le monde. Cela étant, on avait le supplice facile en ces temps. Quoique les vidéos qui ont circulée sur les sévices infligés aux prisonniers de Guantanamo nous montrent que lorsque les Etats ne s'obligent plus à suivre les règles démocratiques, la nature humaine reprend le dessus, et la nature humaine, on la connait.
Relisons un petit coup la vie de Tibère : elle nous parle aussi de nous et de notre époque.

Le pouvoir corrompt; le pouvoir absolu corrompt absolument.

29 mars 2007

Posséder

Cela revient à chaque déménagement.
A quoi suis-je attachée? A mes livres, et pourtant ils m'encombrent. A mes DVD, aux jouets des enfants, avec lesquels ils ne jouent plus.
Mais mes armoires sont bourrées de trucs inutiles accumulés.
Tout ce que je possède ne sert à rien. Au quotidien, je ne m'en sers que presque jamais.
A quoi cela me sert-il de posséder tout cela?
A part me prendre la tête avec un déménagement et des papiers.
Si je pouvais être plus légère...

28 mars 2007

Déménagement

Il va falloir déménager...
Et les emmerdes commencent. Car la situation de l'Ours, par la faute de ses employeurs, n'a pas toujours été claire (il a été sans papiers car son patron, pourtant apparenté au pouvoir en place, n'a jamais voulu lui faire un contrat de travail). Il commence donc à stresser au vu de la liste de papiers qu'on lui a remis et qu'il faut fournir, à commencer par les explications à donner au propriétaire pour lui faire déclarer notre contrat de location aux impôts.
Ici, quand tu arrives tu es pris au piège.
Il va surement falloir qu"on paie, mais on ne sait ni combien ni pourquoi ni à qui ni comment.
Et puis la visite à des fonctionnaires locaux, terrifiés par leurs chefs et se vengeant sur les usagers... sauf les "copains" - c'est horrible.
En plus, ici, il faut arriver en confiance, certain que la qualité de Français donne des avantages. Arriver avec une certitude intérieure donne plus de force. L'Ours est incapable de faire ça. Il a le respect atavique des autorités, mais comme ici les autorités se comportent comme des voyous, ça le met dans une situation insupportable. Je sens qu'il va stresser et quand il stresse il est odieux. Il hurle pour un rien. C'est dur. Moi, ça me rend très mesquine et je lui coupe la parole tout le temps. Le mieux serait que j'observe le silence.
Nous avons trop de choses ici pour partir les mains dans les poches, et pourtant. Il faut que j'y réfléchisse.
Les livres des enfants.
Les miens.
Les jeux des enfants.
Avant les Hespérides, ça va être dur.

27 mars 2007

Prof

La lecture de quelques blogs de profs m'accable complètement : qu'est-ce que je suis veinarde! En France, c'est mille fois pire!
Qu'est-ce qu'ils sont gentils nos élèves! Glandus, cools, mais gentils!
Songez que tous me saluent gentiment!
Si nous nous croisons, ils sourient, même si je suis une prof, je suis quand même plutôt leur copine!
Bref, ce sont des amours!
Voici un lien sur un blog de prof qui propose d'autres liens.

25 mars 2007

Dimanche, jour de lessive chez mes voisines

Observez bien. Les seaux sont des pots de peinture. L'eau est froide. Tous les matins, l'une de ces deux jeunes femmes vient se laver les pieds, les mains, la figure avant d'aller travailler.




En cliquant sur les photos on peut les agrandir.

Héraclite d'Ephèse

Les porcs préfèrent la boue à l'eau pure.
(Ce qui est bien, c'est qu'on peut interpréter à sa guise).

Les porcs (ὕες) sont plus (μᾶλλον) contents (ἥδονται) dans la boue (βορϐόρῳ) que (ἢ) dans l’eau (ὕδατι) pure (καθαρῷ). (Burnet, traduit par Samuel Béreau)

24 mars 2007

"La mentalité"

Hier, je suis allée voir une pièce de théâtre française proposée par l'IFC, elle s'était d'abord jouée dans le centre culturel local, puis dans un petit théâtre d'une ville voisine.
Il y avait dans la salle, sur les murs, douze affiches annonçant le spectacle.
Aucune affiche n'a été placée à l'extérieur.
Aucune.
C'est un aspect de la "mentalité" locale : surtout, ne laissons pas circuler l'information. Ici, la rétention d'information est systématique : on n'est au courant des évènements que par le fameux et très réel "téléphone arabe".
Vous me direz, je m'en fous. Je suis toujours plus ou moins au courant des trucs. Mais c'est une question de principe.
Cette façon de procéder fait que ceux qui sont au courant sont favorisés par rapport à ceux qui ne le sont pas. Et certains ne le sont jamais, bien sûr. Tandis que certains, toujours bien informés, sont toujours bien placés.
C'est vrai partout, mais ici c'est un mode de vie.

Ce matin je suis allée au marché...


... et j'ai pris des photos pour quand je serai en Syldavie si on y va, car la mémoire est fragile.

La plupart des femmes portent une tenue typique de la ville où se tient le marché. On voit beaucoup de femmes habillées de façon traditionnelle, soit folklorique soit couverte, mais je précise : très peu de foulard.
La plupart des femmes ici n'en portent pas, mais évidemment en photographiant le marché, je tombe sur des mères de familles qui ne travaillent pas et qui s'habillent plutôt à l'ancienne. Si j'avais photographié devant l'hypermarché, le look aurait été différent (j'irai le faire, tiens).
cela fait longtemptemps que je voulais prendre ces photos, mais je n'osais pas photographier les gens. Je suis contente de l'avoir fait, parce que plusieurs personnes m'ont souri, plutôt flattées d'être prises en photo - apparemment.







22 mars 2007

La minute culturelle

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?


Baudelaire, les Fleurs du Mal.

Prof 2

Article du professeur Carbure pour les profs.
Je suis d'accord. Note au passage : moi, je suis une vilaine. Je suis démotivée, alors je ne bosse plus (que 40 heures) mais pas plus.

J'improvise tout avant d'aller en cours, ou même pendant le cours.
Aujourd'hui j'ai fait bosser les quatrièmes sur la Révolution industrielle. Pendant que je leur disais de prendre leur cahier et d'écrire le titre, je cherchais de yeux un doc, je l'ai trouvé et j'ai enchainé sur la question (Quelles sont les causes de la révolution industrielle?), je leur ai donné le numéro du doc et ils ont fait trois questions dessus, en 10 minutes (chrono).Pendant qu'ils écrivianet je cherchais les autres dics et je me faisais le cours dans la tête.
Correction, puis rebelote avec unautre doc.
Ma méthode en ce moment : je pose une grande question, puis je vais de docs en docs avec pleins de petites questions. Quand on a à peu près fait le tour de la question, je rédige un cours en bonne et due forme.
C'est pas du tout les instruc' de l'IA mais j'emmerde l'IA je suis contrat loc.
Intérêt de ma méthode :

  1. Je ne prépare rien
  2. Ils bossent.
  3. Ils rédigent.
  4. Je fais mes plans de cours pendant ce temps-là.
  5. Bon, OK mes cours ça ne décoiffe pas mais qui s'en soucie? Ceux qui m'écoutent et apprennent leurs leçons, de toute façon ça leur profite. Ils doivent tous écrire et ça ne leur fait pas de mal. Et?
J'oublie un truc important : j'essaie d'être drôle et de faire rire les élèves.

Si quelqu'un a un truc à dire, sur mes méthodes, peuvent le faire, mais pas en vocabulaire d'IUFM, je n'ai pas fait l'IUFM je ne suis pas intelligente je ne comprends pas. je ne comprends que le français normal.

Syldavie

Je crois bien qu'on va aller en Syldavie.
Problème :notre niveau de vie va baisser. Bon, je suis prête à tout pour partir d'ici, mais ça me fait un peu peur.
Là-bas, nous habiterions une ville, avec métro, embouteillage, etc.
Une vie normale, quoi.
Ce qui m'ennuie, c'est le débat "si on vit comme à Paris, c'est aussi cher". Si c'est aussi cher, on va être dans la m...! Mais je crois pouvoir m'autoriser à interpréter ces remarques. Vivre comme en France, pour un expat, signifie consommer comme en France. Or, ici, par exemple, je ne consomme pas comme en France, et je ne veux pas le faire car je n'aime pas la société de consommation et les magasins débordant de trucs et de machins en France. Chaque fois que je marche dans la rue en France, je me demande si les Français ont vraiment une vie meilleure du fait de la surabondance de T-shirt, de chaussures, de manteaux, de pains, de biscuits. C'est difficile à expliquer mais cette opulence me parait excessive, vulgaire, un peu comme les enfants mal élevés de Charlie et la Chocolaterie. Trente marques de biscuits différents, c'est seulement pour enrichir les financiers qui sont derrière les marques, car à de très rares exceptions près (dont on peut se passer) ce n'est si pas bon. Une tartine de pain beurrée et sucrée tout juste passée au four, c'est meilleur pour moi et dans l'indigence des lieux où nous vivons j'y ai habitué mes enfants. Ou laors de la bête pâte à pain, étalée, sucrée et beurrée : toute fraîche sortie du four, c'est meilleur.
Donc, je n'ai pas habitué mes enfants à vivre à la Française, car vivre à la Française, c'est consommer et consommer c'est s'aliéner.
Après, je ne cesse de leur répéter que la poésie c'est beau et de leur lire des poèmes. Ils se bouchent les oreilles pour m'embêter, mais je sais qu'ils aiment bien certains poèmes.
Après, il reste le problème des DVD et PS2. Là, oups. Nous, je l'avoue, sommes consommateurs, parce qu'ici, ce sont des f**x et ça coute à peine 2 euros. Mais on va leur expliquer que ça va se terminer, et puis s'arranger avec quelqu'un si possible pour nous faire un ou deux envois (?).
On ira dans les parcs et dans les musées. On ira aux activités du centre culturel français.
Bref, je pense qu'en continuant de vivre comme nous vivons, c'est à dire à la semi-française, ça ira.

18 mars 2007

Pan Spechi vs Replicant

Quand je tape "pan spechi egostasé" sur Google, rien ne sort.
Alors que tout le monde sait ce qu'est un Replicant.
Comme quoi, comme me l'avait dit un copain, Herbert était plus chiant que Dick (alors que Dick m'a toujours paru plus littéraire, mais en fait Herbert est inadaptable et difficile à digérer).
Toujours est-il que de liens en liens je tombe sur un article sur Gabriel Matzneff, dont j'avais acheté quantité d'ouvrages quand j'avais 14 -15 ans, fascinée que j'étais par ses pérégrinations, avant de le trouver fatigant d'égocentriste et de suffisance (en plus de son goût pour les donzelles tête-à-claques).
Dans son journal apparaissait aussi un type affreux, qui allait draguer et photographier des petits garçons en Thailande, prétendant que ces pratiques étaient culturelles dans le pays, donc excusables. Je n'étais pas choquée lors de mes premières lectures, au contraire, je trouvais cela rafraichissant : un beau type qui draguait les jeunes filles, et qui en faisait tout un plat, avec un certain talent, une grande culture et une élégance séduisante. Moi non plus, je ne voulais pas vieillir. Mais certaines remarques, comme les pratiques du vieux type, m'ont choquées, au bout d'un moment, et j'ai décidé de tout balancer à la poubelle (pas de vendre, ni de donner : poubelle).
Et il a même un site???
Avec qui est-il copain pour ne pas être poursuivi?
Un message sur lui dans un blog livre une analyse non dénuée d'intérêt, mais quand même complaisante... Mais Matzneff me dégoûte toujours (ce qui est fou c'est que je l'avais oublié, alors qu'il y avait vraiment une époque où je ne jurais que par lui).
En plus de ses obsessions sexuelles artistiquement décorées mais prosaïquement répugnantes, il a aussi un égocentrisme d'enfant gâté. Au début, je trouvais cela très libre d'esprit : le principe consiste à dire de tas de trucs choquants, et ensuite : "Ah! Vous êtes choqués, donc vous êtes idiots" mais naturellement c'est mieux formulé. De nombreux écrivains peuvent être séduits par cette rhétorique facile et agréable. Attention, si on est jeune et de banlieue, et qu'on brûle une voiture, ce qui est moralement moins grave que d'aller tripoter des petits garçons en Thailande, bien que socialement plus gênant, on ne peut dire à la police ou au juge : "Ah, je vous ai choqué? Alors, vous êtes cons."
Un site moins positif sur lui que l'autre (parce que plus j'y pense, plus ça me bouleverse - et dire que je l'avais oublié, cet auteur - on est vraiment bizarre quand on est ado).

Gérer le bleu

Une femme accoudée à une table, dans un restaurant, près d'une fenêtre.
Elle attend.
Foule autour d'elle, elle ne voit rien, plongée dans ses pensées.
Ambiance bateau-lavoir, fin XIXème, début XXième.
Une peu ronde, épaule carrées, adoucies par une robe bleue à manches ballon, un chemisier blanc.
Manches relevées, avant-bras solides, roses, mains rougies, de travailleuse.
Visage rond, cheveux tirés en arrière avec quelques mèches qui s'échappent.
Regard plongé en elle, dirigé sur ses mains, nerveusement, consulsivement, tordues.
L'homme arrive, mal à l'aise.
Elle se lève soulagée et son regard s'écrie.
Il s'assied sans vraiment la regarder.
Silence. Elle comprend et se décompose.
Elle le regarde.
Il baisse les yeux. Elle se lève, d'un pas lourd, sans élégance, et s'en va.

17 mars 2007

Balkany

En essayant de faire une recherche sur des hommes politiques du 92, je suis tombée sur une vidéo.
Je mets le lien Daily Motion. Est-ce ça va marcher?
Je dois dire que je me demande si ce n'est pas un canular.
(Enfin, Patrick Balkany, homme politique d'une moralité douteuse, a été piégé, mais est-ce vrai? Ou bien at-il été doublé? ce qu'il dit est si énorme que j'ai du mal à croire qu'il puisse dire ça. En plus c'est idiot et pas politique, quelle que soit son opinion, il ne peut la formuler si grossièrement.)
Enfin Chirac, de passage ici, avait dit des trucs assez énormes aussi...

C'est ainsi que les hommes vivent


Ce texte est extrait des souvenirs d'un général d'Empire. Mon propos n'est pas en lui-même antimilitariste. Je ne suis contre ou en faveur de rien, je suis seulement accablée par les gens.
Lisez tout jusqu'au bout.


"Vers le milieu de janvier 1812, le général Conroux qui avait remplacé le général Ruffin dans le commandement de notre division, reçut l'ordre de la porter, par Arcas et Bornas, à Villa-Martin, dans la direction des montagnes de Ronda, afin de faire face à un corps espagnol très-nombreux, sinon très-redoutable, que commandait Ballesteros. Là, nous occupâmes une assez forte position dont nous fîmes, à l'aide de quelques ouvrages de campagne, une espèce de camp retranché ; mais, ayant bientôt épuisé toutes les ressources de la petite ville de Villa-Martin et de la campagne environnante, le général Conroux éprouva les plus grands embarras pour nourrir sa division: obligé d'aller au loin chercher des vivres; il organisa, à cet effet, un fort détachement composé de compagnies d'élite, qu'il chargea de battre le pays d'alentour et qui, au bout de trois ou quatre jours de marche, revint amenant avec lui un troupeau de boeufs et de moutons assez nombreux; mais, à peine ce troupeau parut-il aux avant-postes, qu'une foule de nos soldats sortirent de leurs bivouacs et se mirent à le piller, chacun emportant son mouton sur ses épaules.

Le général Conroux, averti de ce désordre, monta à cheval, fit battre la générale et prendre les armes à la division tout entière; chacun crut à une attaque de la part de l'ennemi et courut en toute hâte à son poste, mais nous fûmes bientôt détrompés. Le général Conroux, qui, comme son prédécesseur, était d'une taille élevée et d'un aspect très-imposant, se porta à la tête des troupes rassemblées et demanda si on avait arrêté quelques-uns des soldats qui avaient pillé le troupeau ; on répondit que personne n'avait été arrêté; il demanda, alors, s'il n'y avait point en prison quelques maraudeurs arrêtés les jours précédents, et, sur la réponse affirmative qu'il reçut des chefs de corps, il ordonna qu'on désignât immédiatement, parmi ces maraudeurs, celui qu'on jugerait le plus mauvais sujet d'entre eux.

Après que les adjudants-majors des divers régiments se furent consultés les uns les autres, on s'accorda à reconnaître qu'un malheureux soldat de mon régiment, dont j'ai oublié le nom, étant le plus souvent puni, pouvait passer pour le plus mauvais sujet d'entre les détenus...

Qu'on l'amène, cria le général, et qu'on le fusille à l'instant !... On alla le chercher à sa prison, et l'on peut juger de sa stupeur quand, arrivé sur le terrain, on lui annonça qu'il allait mourir ! Il avait, la veille, été condamné à quelques jours de prison pour maraudage, et il ne devait certes pas s'attendre à ce que cette peine se changeât tout à coup en un arrêt de mort ! Je le vois encore, se jetant à genoux devant le général, en criant : Grâce ! grâce ! mais celui-ci demeura inexorable.

On commanda un peloton pour l'exécution, et le malheureux, quelques instants après, tombait percé d'une douzaine de balles. Or, chose inouïe, il n'y avait eu ni convocation ni jugement d'un conseil de guerre; c'était sans formes ni procès, c'était de son autorité privée qu'un simple général venait de faire exécuter, à mort, un soldat français, et qui, plus est, un soldat évidemment innocent du fait qu'il s'agissait de punir, puisqu'il était déjà en prison au moment du pillage du troupeau, et n'avait, par conséquent, pu prendre la moindre part à ce pillage !

Il semble qu'un pareil acte aurait dû exciter un soulèvement général parmi les troupes qui en furent témoins ; mais non, personne ne bougea, personne ne souffla mot, et nous défilâmes dans le plus profond silence devant le cadavre du supplicié. Je crois même devoir ajouter que l'effet fut bon sur l'esprit des troupes, sans rien faire perdre au général Conroux de l'estime et de l'affectueux dévouement qu'il avait déjà su nous inspirer depuis le peu de temps qu'il était à notre tête. Ce fut là, cependant, il faut en convenir, un de ces actes de sévérité que peu de chefs voudraient avoir sur la conscience, quelque justification qu'on y puisse trouver dans la gravité des circonstances et la nécessité où s'était trouvé le général de faire un exemple; et encore, peut-on dire qu'il y avait danger qu'il manquât complètement son but, en risquant d'exciter une sédition des plus sérieuses. En effet, l'on peut croire que pareille chose ne réussirait pas toujours ainsi, et le général Conroux, lui-même, dut s'estimer heureux de trouver dans ses troupes une aussi complète soumission à ses ordres illégaux, soumission qu'il n'aurait peut-être pas été prudent de mettre une seconde fois à l'épreuve."

Général Girod de l'Ain
Dix ans de mes souvenirs militaires
de 1805 à 1815
Paris, 2000, à la Librairie des Deux Empires

Cultures du monde

Préparation de la harissa (la harrissa dit arbi, soit maison, fraiche et non en conserve, c'est excellent). La harissa de base, c'est mauvais et ça arrache, sans goût.
Les mamas préparent, en saison, la harissa pour l'année. Une consommation excessive de harissa est cause d'ulcères de l'estomac en nombre en Ifriqya.

Bisounours/Blog sans Bisounours

Sur l'un des blogs que je lis le plus régulièrement, je viens de tomber sur un message, un article, un post, je ne sais jamais comment ça s'appelle, un texte - absolument génial.
Bon alors d'abord je mets le lien (trois quart d'heure - l'informatique c'est chouette mais c'est quand qu'il suffira de souffler dessus pour que ça marche plutôt que de faire des trucs énervants avec la souris?). LIEN.
En plus le titre évoque le De viris - dès que je vois un truc qui évoque le latin, tout me revient : les cours que je n'ai pas suivi dans des grands lycées parisiens, et - oh, trop compliqué à expliquer.

Présentation du doc (comme je fais avec mes élèves) : Ce texte/article/ message/post (j'ai toujours l'impression qu'il existe un mot adéquat mais mon cerveau, dégénérescent, refuse de me le communiquer) a été rédigé par Swami Petaramesh, tenancier?/Propriétaire?/Rédacteur?/Intervenant?/Auteur (ça y est - j'ai du mal, hein) de l'excellent-succulent-truculent-triste-drolissime blog Ashram de Swami Petaramesh, le 26 septembre 2006, en France (quand vous ne connaissez pas le lieu précis, vous généralisez) pour évoquer une catégorie de personnes particulièrement pénible, les Bisounours.
C'est la présentation de base. On peut, tout en gardant les infos (Auteur date lieu type doc thème doc), faire plus subtil. Mais pas aujourd'hui parce que je suis fatiguée.

Analyse. Swami commence par donner une définition du Bisounours, avant de dénoncer les méfaits du Bisounours en colère.

Eh bien, je viens de comprendre plusieurs trucs. D'abord je suis un Bisounours. Pas sur internet, parce que je ne l'ai pas conçu comme ça, mais dans ma vie d'expat. Je suis un exact bisounours.
Comme j'ai des côtés "Pas Bisounours", je ne me sens pas entièrement bien dans la peau du bisounours, mais c'est une sorte de tendance forte chez moi de rechercher, pour combler un mal être sur l'origine duquel je ne reviendrais pas aujourd'hui, des amitiés molles et cucul telles que décrites dans le dit article/message/post/texte.

  • De nombreux posts du bisounours semblent tournés vers l'extérieur, mais, à le lire pendant un certain temps, on remarque assez vite que chaque bisounours porte en lui une profonde souffrance, un profond mal-être, une mauvaise image de lui-même ("low self-esteem", écris-le comme ça, tout de suite, ça fait riche ;-) [3] et que c'est là le moteur essentiel qui le pousse à tenir un blog et à faire partie d'une tribu de bisounours. Bien sûr, de nombreux autres blogueurs ont aussi des blessures (ça n'a rien de particulièrement original), qui sont également souvent le principal moteur qui les pousse à écrire, mais ils n'en sont pour autant pas tous des bisounours, loin de là.[4]
Alors moi j'ai réussi, depuis plusieurs années, à améliorer mon problème d'estime de moi. Je me trouve personnellement géniale, mais je vois aussi que je me laisse aller : les expats sont intellectuellement médiocres, donc rien qu'en disant : "Proust" ou "Rastignac" ou (plus fort) "Demain dès l'aube" ou (encore plus fort) "Furtiva lagrima", on a déjà l'air tellement intelligent que ça ne me donne pas envie de vérifier l'année de naissance de Chateaubriand ou de faire une recherche sur les BO de Woody Allen. (Chateaubriand n'est pas l'auteur du poème qui commence par demain dès l'aube; en revanche Woody Allen a mis "una furtive lagrima" dans la BO de match Point).
  • Le bisounours, qui est malheureux et peu sûr de lui, a besoin de se sentir aimé, apprécié et entouré ; il recherche les strokes positifs.
Oui. Mais maintenant moins, mais quand même.
  • D'où l'utilité de sa tribu de bisounours-amis, qui viennent lui déverser des tombereaux de fleurs-commentaires pour lui dire combien le bisounours est un être trop beau, trop gentil, trop plein de talent, trop unique et trop exceptionnel tout ça. A charge de revanche bien entendu, et le bisounours s'empressera toujours d'aller rembourser son bienfaiteur virtuel en lui déversant plein de strokes positifs, également, en veux-tu en voilà.
Bon dans mon cas il ne s'agit pas de commentaires mais de discut' au téléphone ou en face à face et pas pour me dire que je suis bien mais pour avoir l'impression que je vis entourée de gens intelligent et primesautiers comme ceux que je fréquentais quand j'étais jeune.
  • Il faut dire d'autant plus de gentillesses au bisounours et lui faire d'autant plus de bisous, qu'il se sent laid(e), moche, bête, con(ne) et nul(le). Bien sûr, le bisouiller ne lui fait aucun bien sur le long terme ni ne l'aide à résoudre le moindre de ses problèmes, mais sur le court terme, ça le réconforte, et il est là parce qu'il veut des bisous, quoi, merde ! M'enfin...
Plus j'ai l'impression que je m'ennuie dans un pays pourrave peuplé de crétins pompeux, plus j'ai besoin de m'entourer d'une collec' rassurante de personnes mieux que ces crétins. Cela ne me fait aucun bien et plutôt que de vivre ma vie et de l'assumer, je passe le temps en activités improductives mais qui me donne le sentiment de n'être pas toute seule. Je suis toute réconfortée.

Et c'est là que ça merde. Tôt ou tard ça craque et je découverte le vide des gens, parce que les gens qui partagent avec moi ce type de relations ne peuvent qu'être vides. Leur vide a des aspects variés, mais il a toujours un caractère angoissant.
Et là je me dis que si j'avais fait un truc qui m'intéresse vraiment, comme de relire Tite-Live dans le texte (comme ça, après j'aurais de quoi me sentir intelligente, en plus, plutôt que de me dire que vu comme mon voisin est ignare, je ne peux qu'être plus maline que lui) ou d'apprendre l'arabe, j'aurais pas perdu mon temps en relations humaines foireuses, et qu'en plus en faisant l'activité en question j'aurai peut-être rencontré quelqu'un et que j'aurais peut-être créé une vrai relation authentique, limitée à l'activité en question mais authentique quand même, et non pas ces relations baties sur du vent et qui m'explosent toujours à la figure.

Lire Swami est toujours une source de réflexion pour moi mais celle-là est venue à point nommé. Cela étant, je me suis mise à l'arabe, justement, et je ne vois plus grand monde.
Mais si on change de crèmerie, il faudra que je sois vigilante. Je me connais.

15 mars 2007

Bizarre autant qu'étrange

Moi qui ai passé un week-end assez dur, avec pensées à propos de ma soeur (une sorte de poison mental pour moi) et conversations perturbantes avec futures psy pas très pros, j'ai passé un début de semaine et surtout un lundi matin incroyable.
Bon, le matin, courses, voiture tape-cul (si quelqu'un, un jour jour, veut s'acheter une voiture inconfortable et malcommode, je lui recommande le Suzuki Vitara - par contre, tout casse, mais pas le moteur : 169 000 km), je sors sur le trottoir devant le collège, je pose tout mon barda, je relève le siège pour que les trois zozos de l'arrière descendent, je rentre dans le collège et je retrouve l'allée de dalles mosaïques, bordée d'arbres que j'emprunte tous les matins et je me sens chez moi (? d'où vient ce sentiment??). Je souris pour moi-même à la pensée de la comédie sociale que je vais jouer comme tous les jours et qui me fait rire. C'est facile de vivre : tous les autres vous portent, ils s'attendent à vous voir faire certaines choses et parfois il est plus économique de le faire. Ce lundi, en arrivant en haut des marches je riais carrément. Tout me paraissait si facile dans ce jeu, alors qu'il y a des jours où ça me pèse.
Résultat : je suis dans une forme éblouissante, j'adore les élèves et je m'éclate avec eux.
Bon, il faut dire aussi que l'année est presque finie. On est le quinze mars, vacances dans cinq semaines avec deux longs week-end entre deux, et après les deux semaines de vacances, il nous reste quatre à cinq autres semaines. Après les conseils je ne fais plus rien, c'est clair. Il fait trop chaud, les élèves arrivent épuisés et transpirants dans les classes.
Je veux terminer mon année cool mais je vais passer deux semaines à bosser dur : fin de corrections, bulletins à remplir pour sept classes, paperasse de merde qui prend des heures. Et après je prépare la sortie, des questionnaires jeu pour trois sites archéologiques. Et je fais mes films avec un logiciel pour faire des films. Pour les élèves.

Il faut dire qu'en plus de l'Espagne on a un plan potentiel pour un pays d'Europe de l'est, l'Ours part dimanche pour un entretien d'embauche, en avion et tout (parce qu'à pied cela faisait long).

Je crois qu'on est bon pour sortir de prison!!!